Ce corps ce corps qui te fût donné tu es né avec lui tu ne sais pas pourquoi tu ne l'as pas choisi, quand tu souffres c'est par lui qui ne peut t'amener là où tu veux aller, oh ce corps qui te pèse tu voudrais tant qu'il soit plus léger
Ce corps handicapé qui depuis ta naissance te refuse obéissance et tes rêves sont inachevés
Ce corps malade sa douleur te tourmente tu ne peux plus t'émerveiller
Ce corps blessé gisant sur un lit d'hopital que l'on ne sait pas réparer auquel tu te sens maintenant condamné
Ce corps mourant -tu voulais le quitter- mais on t'a rappelé, à des tuyaux désormais tu vis branché
Ce corps qu'un autre vient s'approprier ce corps exploité, ce corps violé, ce corps torturé
Oui ce corps dont tu voudrais tant n'être plus prisonnier
Quand la douleur te terrasse et que tu ne peux plus Ecoute ce qu'elle te dit !
Le plus profond des amours Le plus beau des métiers La plus noble des aspirations Si tu t'y accroches n'est rien d'autre qu'une prison Car l'essentiel le voici ! Maintenant Ici Le plus grand des sages ne vaut pas mieux que la plus petite des fourmis Le bienfait du plus célèbre des hommes ne surpasse pas celui du plus anonyme Et la divinité en son ciel n'a pas plus de vertus que toi A rien ni à personne le malheur n'est bon Alors quand la douleur te terrasse et que tu ne peux plus si tu veux guérir Aussi respectable soit-elle quitte ta prison !
Tu l'as su bien avant de le savoir quand les mots n'étaient encore que touchers, écrasements, résonnances, obscurcissements, courants, vrillements, déchirures, glaciations -empreintes sourdes et vibrantes du monde où tu avais pris naissance, corps de ce corps qui deviendrait le tien, à son image.
Et tu n'avais pour le savoir que cet esprit nu ce pur étonnement inconscient de lui-même et qui, pour se faire connaître, un jour dirait "je".
Là où tu grandissais, la lumière et l'obscurité divisées s'ignoraient l'une l'autre.
Ici, la gravité que tu portais en toi -ce témoin du côté sombre- restait incomprise
Car ceux qui depuis toujours vivaient dans la lumière ne pouvaient concevoir un noir si noir.
Là-bas, la chaleur qui émanait de toi -ce souvenir ensoleillé- restait imperçue
Car les sens atrophiés de ceux qui résidaient dans le froid ne pouvaient l'éprouver.
De l'une à l'autre, de l'autre à l'une, tandis qu'à chaque instant, tu désapprenais à exister en tentant de ne pas être pas vivante, le cœur ouvert à un ciel inconnu, à ton insu -et parce que tu n'avais d'autre choix- tu empruntais en tâtonnant ces sentiers écartés -loin des usages communs- où cheminent de tous temps et venus de tous lieux les simples amoureux du divin.
L'un des poèmes publiés ici a remporté une mention d'excellence au concours littéraire du CEPAL, que vous pourrez retrouver, avec ceux de tous les lauréats du concours, dans l'anthologie prochainement publiée par les Editions de l'Orchidée. http://www.le-cepal.com/ Et toujours, des parutions dans les Anthologies Poétiques de Flammes Vives (2015, tome 1 et tome 3) http://www.flammesvives.com/