vendredi 17 avril 2020

Aimer tellement

O ma mère qu'ici j'ai tant aimée
Toi que l'amour à mort a consumée
Pour toi mon coeur bat encore
Dans les graillons de mon corps
Sous l'écorce de mes jours
En ce temps de l'éternité
Où nous sommes pour toujours
Moi si douloureusement sur la terre
Toi si parfaitement dans l'éther



dimanche 5 avril 2020

Présentation

Présentation  par Michel Bénard du dernier recueil de poèmes de l'auteure dans la revue L'AGORA


 - Christiane Bozza – «  Sur le fil »
Illustration photographique de Sacha Bauer- Schlichtegroll.
Editions des Poètes français – format 15x21 – nombre de pages 85 – 2 -ème trimestre 2019.



L’équilibre de la vie est bien précaire, fragile comme un poème au vent, posé «  Sur le fil .» C’est en composant ses poèmes que Christiane Bozza prend conscience de l’incertitude et de l’inconnu. Voici une écriture qui révèle beaucoup de sensibilité, elle est brodée à fleur de mot. Le poème tient toujours figure de questionnement. Tout chez Christiane Bozza n’est qu’une réflexion d’équilibre et de doute. Soudain tout peut s’effondrer, même les certitudes les mieux ancrées. Nous percevons chez elle une sensation d’égarement, de perte. La forme de l’écriture est libre, fragmentée, narrative autant qu’interrogative : « Et si tu n’en parles pas/ton corps le fera pour toi. » Le mot ici est porté comme un flambeau :  « Car vivre sans les mots/on ne le peut pas. » Notre auteure se méfie du silence qui voile souvent la vérité : « Un silence qui croit/qu’il peut/ce qu’il ne peut pas./Un silence qui étouffe ta voix. » Christiane Bozza nous dévoile un contentieux de jeunesse lié au père qui sera toujours manquant, sorte de blessure stigmatisante ouverte à vie. La plume en appelle aux souvenirs d’un vent de tendresse qui n’a jamais soufflé. Alors peut-être que la poèsie pour notre narratrice devient un baume, une douce caresse qui estompe les traumas de l’enfance. Parfois un ange passe. Poésie porteuse de vie et de nostalgie où s’égratigne la mémoire sur de fausses promesses. A vouloir trop l’aimer on tue la vie et par là même l’amour, alors mieux vaut :  « Laisser vivre les morts. » Le poème comme la vie sont des épreuves dont chaque jour nous délivre un fragment. Par un : « Poème de rien du tout.../... » prendre conscience de l’absolue vulnérabilité de l’existence.

Michel Bénard.      

http://www.societedespoetesfrancais.eu/revue.html

jeudi 2 avril 2020

Un cri

La naissance est un cri

Un cri qui ne sait pas
qu'il est un cri
qui ne sait pas
pourquoi
il se crie
ni vers quoi

Il ne sait pas
qu'il appelle
ni qui

La vie qui se crie
Le cri de la vie

Et si un autre ne répond pas
à ce cri
la vie ne se révèle
à celui qui naît
qui crie
il ne sait pas
qu'elle est là
en lui

Alors la vie
elle se fait la belle
elle s'en va
elle se retire
de lui

C'est pourquoi
sans un autre
que soi
sans les autres
il n'y a personne
personne n'est en vie
ni toi
ni moi
ni lui



mercredi 1 avril 2020

Au-dessus

Le champ désolé

au-dessus
les bulles de savon
soufflées par l'enfant
un peu plus loin
devant la maison
son jardin verdoyant
la porte ouverte à la chaleur
du printemps
de l'autre côté

Le champ désolé

ce n'est pas un enclos
abandonné
juste une terre oubliée
depuis longtemps
son herbe jaunie
illuminée par le ciel
les bourgeons rabougris
sous la boue séchée
le dessin des pierres
les fleurs imaginaires

Ô mon coeur
reviens ici !

Le champ de ma vie

les gens que j'ai connus
aimés
je les aime aussi
de l'autre côté
ils y sont
comme ces bulles de savon


vendredi 27 mars 2020

Si je crois que

S'il n'y a que le corps
tout seul
et ses globules
qu'on manipule
moi
je suis flinguée

Alors je me flingue

Si je ne suis 
qu'un corps inhabité
un vivant linceul
ça 
ça me dézingue

Alors je suis dézinguée

Si l'âme
est mise de côté
comme un conte à dormir debout
quand la mort est partout
coupée
du souffle qui la distingue
d'un esprit désincarné
sans lien
si elle est disjointe
je
je suis aliénée

Je deviens dingue

Alors
ça
moi
je ne le crois pas






dimanche 1 mars 2020

Anesthésie

La poésie parfois
se voit couper
l'herbe sous les pieds

La muse est muselée

Les mots ici
le corps ailleurs
l'esprit à la merci
de la douleur

Pour que tu vives encore
on l'endort

Alors il s'enfuit

Il invente un autre décor
où les mots ne sont plus que l'écho
de l'instant arrêté

Et ton âme épuisée
n'en peut mais

Et ton âme brisée
ne s'y reconnaît

Ainsi parfois
aux attaques du sort
la poésie se défait

Aux portes de la nuit
elle est défaite

Pourtant jamais 
elle ne se dédit

samedi 29 février 2020

Réparer l'irréparable

Il y a Celui à qui je m'adresse
pour réparer l'irréparable

Car Lui seul le peut

Quand je crois avoir trouvé
comment traverser la vie
dans son horreur et sa beauté
à l'irréparable je me blesse

Quand je crois être libérée
de cette souffrance intenable
que je crois savoir où aller
que le bonheur je sais où il est
et bien ce bonheur cesse
devant l'irréparable
qui vient de se révéler

L'irréparable qu'Il est le seul
à savoir réparer

Quand je crois connaître la voie
qui mène à Lui
que je Le prie
pour qu'Il répare l'irréparable
je me heurte à mon impuissance
devant l'irréparable

Car Lui seul à la connaissance
de ce qui doit être réparé