Toi qui pense savoir
d'où vient la mort
toi qui croit pouvoir
m'en protéger à tout prix
dis-moi
dis-moi alors
qu'est-ce donc que la vie ?
Est-ce ce temps passé
recluse dans le mouroir
qu'est devenue
cette chambre glacée
de n'être pas partagée
où tu m'as enfermée
du matin jusqu'au soir ?
Est-ce ces longues heures
perdues
dans les laboratoires
où tu observes mon corps
est-ce ces molécules
ces microparticules
ici analysées ?
Est-ce l'absence du cri
vibrant dans mes os perclus
de douleur
le silence de ce mal disparu
endormi
par la morphine ?
Est-ce le souffle continu
de ce respirateur
auquel je suis branchée
dans une cabine
aseptisée ?
Est-ce l'obéissance
à tes savantes ordonnances
à manger pour manger
à boire pour boire
à marcher pour marcher ?
A courir pour courir
et ne pas voir le pire
parce que c'est bon pour mes organes
pour mon crâne
du moins en théorie ?
Et celui-là que j'aime
est-ce l'aimer
est-ce consoler sa peine
de le nourrir par cette lucarne
percée dans un mur
sans jamais le toucher
comme un vampire
impur ?
Le penses-tu vraiment
qu'on peut vivre sans tendresse
par les pores échangée
le crois-tu sûrement
qu'au lieu de son adresse
il suffit d'un médicament ?
Qu'à la chaleur humaine
qui demeure pourtant
quand je respire à peine
et même en mourant
je préfère les machines
qui me préservent des angines
seule dans ce havre
désinfecté
et gardent mon cadavre
vivant ?
Oui crois-tu que la vie
cela soit ça vraiment ?
Et penses-tu qu'ainsi
j'y tienne tellement ?
jeudi 23 avril 2020
vendredi 17 avril 2020
Aimer tellement
O ma mère qu'ici j'ai tant aimée
Toi que l'amour à mort a consumée
Pour toi mon coeur bat encore
Dans les graillons de mon corps
Sous l'écorce de mes jours
En ce temps de l'éternité
Où nous sommes pour toujours
Moi si douloureusement sur la terre
Toi si parfaitement dans l'éther
Toi que l'amour à mort a consumée
Pour toi mon coeur bat encore
Dans les graillons de mon corps
Sous l'écorce de mes jours
En ce temps de l'éternité
Où nous sommes pour toujours
Moi si douloureusement sur la terre
Toi si parfaitement dans l'éther
dimanche 5 avril 2020
Présentation
Présentation par Michel Bénard du dernier recueil de poèmes de l'auteure dans la revue L'AGORA
- Christiane Bozza – « Sur le fil »
Illustration photographique de Sacha
Bauer- Schlichtegroll.
Editions des Poètes français –
format 15x21 – nombre de pages 85 – 2 -ème trimestre 2019.
L’équilibre de la vie est bien
précaire, fragile comme un poème au vent, posé « Sur le fil .»
C’est en composant ses poèmes que Christiane Bozza prend conscience de
l’incertitude et de l’inconnu. Voici une écriture qui révèle beaucoup de
sensibilité, elle est brodée à fleur de mot. Le poème tient toujours figure de
questionnement. Tout chez Christiane Bozza n’est qu’une réflexion d’équilibre
et de doute. Soudain tout peut s’effondrer, même les certitudes les mieux
ancrées. Nous percevons chez elle une sensation d’égarement, de perte. La forme
de l’écriture est libre, fragmentée, narrative autant qu’interrogative :
« Et si tu n’en parles pas/ton corps le fera pour toi. » Le mot
ici est porté comme un flambeau : « Car vivre sans les
mots/on ne le peut pas. » Notre auteure se méfie du silence qui voile
souvent la vérité : « Un silence qui croit/qu’il peut/ce qu’il ne
peut pas./Un silence qui étouffe ta voix. » Christiane Bozza
nous dévoile un contentieux de jeunesse lié au père qui sera toujours manquant,
sorte de blessure stigmatisante ouverte à vie. La plume en appelle aux souvenirs
d’un vent de tendresse qui n’a jamais soufflé. Alors peut-être que la poèsie
pour notre narratrice devient un baume, une douce caresse qui estompe les
traumas de l’enfance. Parfois un ange passe. Poésie porteuse de vie et de
nostalgie où s’égratigne la mémoire sur de fausses promesses. A vouloir trop
l’aimer on tue la vie et par là même l’amour, alors mieux vaut : « Laisser
vivre les morts. » Le poème comme la vie sont des épreuves dont chaque
jour nous délivre un fragment. Par un : « Poème de rien du tout.../... »
prendre conscience de l’absolue vulnérabilité de l’existence.
Michel Bénard.
http://www.societedespoetesfrancais.eu/revue.html
jeudi 2 avril 2020
Un cri
La naissance est un cri
Un cri qui ne sait pas
qu'il est un cri
qui ne sait pas
pourquoi
il se crie
ni vers quoi
Il ne sait pas
qu'il appelle
ni qui
La vie qui se crie
Le cri de la vie
Et si un autre ne répond pas
à ce cri
la vie ne se révèle
à celui qui naît
qui crie
il ne sait pas
qu'elle est là
en lui
Alors la vie
elle se fait la belle
elle s'en va
elle se retire
de lui
C'est pourquoi
sans un autre
que soi
sans les autres
il n'y a personne
personne n'est en vie
ni toi
ni moi
ni lui
Un cri qui ne sait pas
qu'il est un cri
qui ne sait pas
pourquoi
il se crie
ni vers quoi
Il ne sait pas
qu'il appelle
ni qui
La vie qui se crie
Le cri de la vie
Et si un autre ne répond pas
à ce cri
la vie ne se révèle
à celui qui naît
qui crie
il ne sait pas
qu'elle est là
en lui
Alors la vie
elle se fait la belle
elle s'en va
elle se retire
de lui
C'est pourquoi
sans un autre
que soi
sans les autres
il n'y a personne
personne n'est en vie
ni toi
ni moi
ni lui
mercredi 1 avril 2020
Au-dessus
Le champ désolé
au-dessus
les bulles de savon
soufflées par l'enfant
un peu plus loin
devant la maison
son jardin verdoyant
la porte ouverte à la chaleur
du printemps
de l'autre côté
Le champ désolé
ce n'est pas un enclos
abandonné
juste une terre oubliée
depuis longtemps
son herbe jaunie
illuminée par le ciel
les bourgeons rabougris
sous la boue séchée
le dessin des pierres
les fleurs imaginaires
Ô mon coeur
reviens ici !
Le champ de ma vie
les gens que j'ai connus
aimés
je les aime aussi
de l'autre côté
ils y sont
comme ces bulles de savon
au-dessus
les bulles de savon
soufflées par l'enfant
un peu plus loin
devant la maison
son jardin verdoyant
la porte ouverte à la chaleur
du printemps
de l'autre côté
Le champ désolé
ce n'est pas un enclos
abandonné
juste une terre oubliée
depuis longtemps
son herbe jaunie
illuminée par le ciel
les bourgeons rabougris
sous la boue séchée
le dessin des pierres
les fleurs imaginaires
Ô mon coeur
reviens ici !
Le champ de ma vie
les gens que j'ai connus
aimés
je les aime aussi
de l'autre côté
ils y sont
comme ces bulles de savon
vendredi 27 mars 2020
Si je crois que
S'il n'y a que le corps
tout seul
et ses globules
qu'on manipule
moi
je suis flinguée
Alors je me flingue
Si je ne suis
qu'un corps inhabité
un vivant linceul
ça
ça me dézingue
Alors je suis dézinguée
Si l'âme
est mise de côté
comme un conte à dormir debout
quand la mort est partout
coupée
du souffle qui la distingue
d'un esprit désincarné
sans lien
si elle est disjointe
je
je suis aliénée
Je deviens dingue
Alors
ça
moi
je ne le crois pas
tout seul
et ses globules
qu'on manipule
moi
je suis flinguée
Alors je me flingue
Si je ne suis
qu'un corps inhabité
un vivant linceul
ça
ça me dézingue
Alors je suis dézinguée
Si l'âme
est mise de côté
comme un conte à dormir debout
quand la mort est partout
coupée
du souffle qui la distingue
d'un esprit désincarné
sans lien
si elle est disjointe
je
je suis aliénée
Je deviens dingue
Alors
ça
moi
je ne le crois pas
dimanche 1 mars 2020
Anesthésie
La poésie parfois
se voit couper
l'herbe sous les pieds
La muse est muselée
Les mots ici
le corps ailleurs
l'esprit à la merci
de la douleur
Pour que tu vives encore
on l'endort
Alors il s'enfuit
Il invente un autre décor
où les mots ne sont plus que l'écho
de l'instant arrêté
Et ton âme épuisée
n'en peut mais
Et ton âme brisée
ne s'y reconnaît
Ainsi parfois
aux attaques du sort
la poésie se défait
Aux portes de la nuit
elle est défaite
Pourtant jamais
elle ne se dédit
se voit couper
l'herbe sous les pieds
La muse est muselée
Les mots ici
le corps ailleurs
l'esprit à la merci
de la douleur
Pour que tu vives encore
on l'endort
Alors il s'enfuit
Il invente un autre décor
où les mots ne sont plus que l'écho
de l'instant arrêté
Et ton âme épuisée
n'en peut mais
Et ton âme brisée
ne s'y reconnaît
Ainsi parfois
aux attaques du sort
la poésie se défait
Aux portes de la nuit
elle est défaite
Pourtant jamais
elle ne se dédit
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