Dors, dors ma petite mère, ton flambeau ne s'est pas éteint, entre les cieux et la terre je le vois -quelle splendeur !- bien au-delà des yeux Etsurtout ne crains pas d'aller toujours plus loin sans détours dans ce profond sommeil jusqu'au bout de la mort, son cœur est là -quelle chaleur !- si parfait, il n'y a rien de mieux
Ce fardeau-là que je portais pour toi c'était le tien Je te le rends le voilà prends-en grand soin que je puisse enfin donner tout son poids au mien
A ce beau destin qui m'attend depuis si longtemps
Et que chacune lestée du sien jamais plus ne s'envole vers des contrées illusoires, ne caracole en de vains déboires, ne saute plus à l'eau pour rien
Et marche droit sans crainte aucune et sans rancune sur son chemin parfois tout près parfois très loin mais sans se séparer jamais Ton cœur dans mon cœur et le mien dans le tien qui tu le sais toi aussi ne sont qu'un Et voilà que tu pleures O ma chérie ! Ce cœur qui bat soudain très fort et qui supplie -Dis-moi dis-moi que ce n'est pas fini- ce cœur-là n'est qu'un leurre
Mon amour ! Ce n'est que du bonheur ! Aujourd'hui est le plus beau des jours
Car le vois-tu ? Ce qu'aujourd'hui tu pleures n'est pas ce qui fût et qui a disparu mais bien la fin de ce fol esprit qui veut que tu demeures comme ses yeux t'ont vue
Qui s'affole et fuit quand il s'aperçoit que tu n'es pas telle que tu n'es pas celle qu'il croit, que tu n'es pas lui
Qui a peur d'être perdu qui craint que la mort ne le tue, qui ne connaît l'infini qui ne connaît ce que tu es Et qui oublie, qui oublie l'essentiel, ce qui fait le sel de la vie
Alors comme je le sais par cœur que parfois oui durant un bref instant je le vis, je te le dis