Les mots ne viennent pas
pour dire
ce qu'on voudrait qu'ils disent
Ils ne disent pas le soleil
s'il ne brille pas,
ils ne disent pas le ciel
dans un caisson
d'isolation sensorielle,
ils ne disent pas l'amour
au séjour
de celui qui est seul
dans la vie
Ou alors
ils ne parlent que des morts
des absents
de ce qui n'est pas tel
qu'auparavant
C'est-à-dire
qu'ils ne disent rien
Ou encore
ils ordonnent
Ils ordonnent
sans en avoir l'air,
ils ordonnent le bien
sans savoir
qu'ils disent le contraire
C'est pourquoi
quand on use des mots
comme ça
pour dire ce qui n'est pas
on est sans parole
Car les mots viennent aussi
pour dire la nuit
et l'invisible
et l'ignorance,
pour dire ce qui est en souffrance
C'est pour ça qu'ils sont beaux
Car ils laissent au matin
au sensible
à la rencontre
au lendemain
leur chance
là où sans eux
il n'y aurait que vœux pieux
vendredi 22 mai 2020
dimanche 3 mai 2020
Promesse de jardin
Temps
des larmes
la joie s'abîme
en lambeaux
le désir se perd
au tombeau
mais la voix
du Vivant
est promesse
de jardin
Elle annonce
la lumière
qui fait passer
derrière
ce qui est
poussière
et tire
en arrière
L'appel est là
à vider
le chagrin
de ses embruns
à marcher
vers une légèreté
portée
par la clarté
de ce qui
a été
et que
la mort
ne peut
effacer
Francine Carillo
des larmes
la joie s'abîme
en lambeaux
le désir se perd
au tombeau
mais la voix
du Vivant
est promesse
de jardin
Elle annonce
la lumière
qui fait passer
derrière
ce qui est
poussière
et tire
en arrière
L'appel est là
à vider
le chagrin
de ses embruns
à marcher
vers une légèreté
portée
par la clarté
de ce qui
a été
et que
la mort
ne peut
effacer
Francine Carillo
vendredi 1 mai 2020
Instants de deuil (3)
Quand ma grand-mère est morte
elle est passée de l'autre côté du voile
Là où elle est
elle veille sur moi
Quand ma mère est morte
elle est passée de l'autre côté du voile
Là où elle est
se trouve le seul refuge
...........
Ma mère nous a quittés bien avant de mourir
Elle était là
mais on ne savait pas où elle était
Elle nous a quittés
parce qu'elle ne pouvait plus vivre
ce qu'elle avait envie de vivre
Et elle n'avait plus envie de vivre
ce qu'elle vivait
Et cela
rien ne l'expliquait
ni dans son corps
ni dans son esprit
ni dans son cerveau
ni dans son histoire
Je sais pourquoi elle nous a quittés
mais je ne sais pas comment
C'est dans la béance de cette question
que le diable trouve à travailler
,,,,,,,,,,,
Les dernières années de la vie de ma mère
ont été un cauchemar
Mais elle était là
Maintenant
le cauchemar est terminé
Mais elle n'est plus là
D'elle
il me reste le souvenir de ce cauchemar
Et c'est un cauchemar bien pire
...........
Quand je me souviens des moments heureux
passés avec ma mère
elle me manque
Et c'est douloureux
Quand je me souviens des moments douloureux
passés avec elle
son bonheur me manque
Et ça
ça me fait mal
Je voudrais ne me souvenir
que de son bonheur à elle
Peut-être me manquerait-elle moins ?
elle est passée de l'autre côté du voile
Là où elle est
elle veille sur moi
Quand ma mère est morte
elle est passée de l'autre côté du voile
Là où elle est
se trouve le seul refuge
...........
Ma mère nous a quittés bien avant de mourir
Elle était là
mais on ne savait pas où elle était
Elle nous a quittés
parce qu'elle ne pouvait plus vivre
ce qu'elle avait envie de vivre
Et elle n'avait plus envie de vivre
ce qu'elle vivait
Et cela
rien ne l'expliquait
ni dans son corps
ni dans son esprit
ni dans son cerveau
ni dans son histoire
Je sais pourquoi elle nous a quittés
mais je ne sais pas comment
C'est dans la béance de cette question
que le diable trouve à travailler
,,,,,,,,,,,
Les dernières années de la vie de ma mère
ont été un cauchemar
Mais elle était là
Maintenant
le cauchemar est terminé
Mais elle n'est plus là
D'elle
il me reste le souvenir de ce cauchemar
Et c'est un cauchemar bien pire
...........
Quand je me souviens des moments heureux
passés avec ma mère
elle me manque
Et c'est douloureux
Quand je me souviens des moments douloureux
passés avec elle
son bonheur me manque
Et ça
ça me fait mal
Je voudrais ne me souvenir
que de son bonheur à elle
Peut-être me manquerait-elle moins ?
lundi 27 avril 2020
Instants de deuil (2)
Quand ma mère est morte
je suis morte avec elle
C'est terrible d'être mort
quand on est encore vivant
...........
Etre dans l'instant
ce n'est pas oublier le passé
et ne pas regarder vers l'avenir
Au contraire
Dans l'instant
le passé est présent
et l'avenir est devant soi
ouvert
...........
Depuis que ma mère est morte
elle a cessé d'être absente
quand elle n'était pas présente
dans le présent
Elle est présente dans le présent
c'est-à-dire dans le passé
et dans l'avenir
............
Quand ma mère était absente
elle me manquait
Mon avenir
c'était de retrouver sa présence
Maintenant
je manque
du manque de sa présence
Et quand ce manque se fait sentir
je ne vois plus mon avenir
je ne sais plus où aller
je suis morte avec elle
C'est terrible d'être mort
quand on est encore vivant
...........
Etre dans l'instant
ce n'est pas oublier le passé
et ne pas regarder vers l'avenir
Au contraire
Dans l'instant
le passé est présent
et l'avenir est devant soi
ouvert
...........
Depuis que ma mère est morte
elle a cessé d'être absente
quand elle n'était pas présente
dans le présent
Elle est présente dans le présent
c'est-à-dire dans le passé
et dans l'avenir
............
Quand ma mère était absente
elle me manquait
Mon avenir
c'était de retrouver sa présence
Maintenant
je manque
du manque de sa présence
Et quand ce manque se fait sentir
je ne vois plus mon avenir
je ne sais plus où aller
dimanche 26 avril 2020
Nuage de tendresse
Là où tu es
nuage de tendresse
peu importe le temps
qu'il fait
Les chemins se rejoignent
dans cet espace parfait
les nœuds
y sont défaits
Le cauchemar
démantelé s'éloigne
de ce palais
emporté par le vent
Et ce regard
qui doucement me soigne
de ses méfaits
est si profond
Que je peux
pressentir sa caresse
dans le trait
de son seul nom
nuage de tendresse
peu importe le temps
qu'il fait
Les chemins se rejoignent
dans cet espace parfait
les nœuds
y sont défaits
Le cauchemar
démantelé s'éloigne
de ce palais
emporté par le vent
Et ce regard
qui doucement me soigne
de ses méfaits
est si profond
Que je peux
pressentir sa caresse
dans le trait
de son seul nom
samedi 25 avril 2020
Instants de deuil (1)
Cette nuit
ma mère est morte
C'était il y a bientôt quatre ans
Et pourtant
aujourd'hui comme hier
comme avant-hier
comme chaque jour passé depuis
Cette nuit
ma mère est morte
............
J'ai dix ans
j'ai vingt ans
j'ai quarante ans
j'ai cinquante ans
Et puis un jour
ma mère meurt
J'ai soixante ans
et je ne sais toujours pas
ce que je veux faire quand je serai grande
............
Un jour
ma mère est morte
Mais elle n'est pas morte
Elle est aussi vivante
que quand elle était vivante
Et même plus
............
Ma mère est morte d'une pneumonie
Je sais comment elle est morte
mais je ne sais pas pourquoi
C'est dans le creux de cette ignorance
que Dieu peut faire son travail
ma mère est morte
C'était il y a bientôt quatre ans
Et pourtant
aujourd'hui comme hier
comme avant-hier
comme chaque jour passé depuis
Cette nuit
ma mère est morte
............
J'ai dix ans
j'ai vingt ans
j'ai quarante ans
j'ai cinquante ans
Et puis un jour
ma mère meurt
J'ai soixante ans
et je ne sais toujours pas
ce que je veux faire quand je serai grande
............
Un jour
ma mère est morte
Mais elle n'est pas morte
Elle est aussi vivante
que quand elle était vivante
Et même plus
............
Ma mère est morte d'une pneumonie
Je sais comment elle est morte
mais je ne sais pas pourquoi
C'est dans le creux de cette ignorance
que Dieu peut faire son travail
jeudi 23 avril 2020
Qu'est-ce donc que la vie
Toi qui pense savoir
d'où vient la mort
toi qui croit pouvoir
m'en protéger à tout prix
dis-moi
dis-moi alors
qu'est-ce donc que la vie ?
Est-ce ce temps passé
recluse dans le mouroir
qu'est devenue
cette chambre glacée
de n'être pas partagée
où tu m'as enfermée
du matin jusqu'au soir ?
Est-ce ces longues heures
perdues
dans les laboratoires
où tu observes mon corps
est-ce ces molécules
ces microparticules
ici analysées ?
Est-ce l'absence du cri
vibrant dans mes os perclus
de douleur
le silence de ce mal disparu
endormi
par la morphine ?
Est-ce le souffle continu
de ce respirateur
auquel je suis branchée
dans une cabine
aseptisée ?
Est-ce l'obéissance
à tes savantes ordonnances
à manger pour manger
à boire pour boire
à marcher pour marcher ?
A courir pour courir
et ne pas voir le pire
parce que c'est bon pour mes organes
pour mon crâne
du moins en théorie ?
Et celui-là que j'aime
est-ce l'aimer
est-ce consoler sa peine
de le nourrir par cette lucarne
percée dans un mur
sans jamais le toucher
comme un vampire
impur ?
Le penses-tu vraiment
qu'on peut vivre sans tendresse
par les pores échangée
le crois-tu sûrement
qu'au lieu de son adresse
il suffit d'un médicament ?
Qu'à la chaleur humaine
qui demeure pourtant
quand je respire à peine
et même en mourant
je préfère les machines
qui me préservent des angines
seule dans ce havre
désinfecté
et gardent mon cadavre
vivant ?
Oui crois-tu que la vie
cela soit ça vraiment ?
Et penses-tu qu'ainsi
j'y tienne tellement ?
d'où vient la mort
toi qui croit pouvoir
m'en protéger à tout prix
dis-moi
dis-moi alors
qu'est-ce donc que la vie ?
Est-ce ce temps passé
recluse dans le mouroir
qu'est devenue
cette chambre glacée
de n'être pas partagée
où tu m'as enfermée
du matin jusqu'au soir ?
Est-ce ces longues heures
perdues
dans les laboratoires
où tu observes mon corps
est-ce ces molécules
ces microparticules
ici analysées ?
Est-ce l'absence du cri
vibrant dans mes os perclus
de douleur
le silence de ce mal disparu
endormi
par la morphine ?
Est-ce le souffle continu
de ce respirateur
auquel je suis branchée
dans une cabine
aseptisée ?
Est-ce l'obéissance
à tes savantes ordonnances
à manger pour manger
à boire pour boire
à marcher pour marcher ?
A courir pour courir
et ne pas voir le pire
parce que c'est bon pour mes organes
pour mon crâne
du moins en théorie ?
Et celui-là que j'aime
est-ce l'aimer
est-ce consoler sa peine
de le nourrir par cette lucarne
percée dans un mur
sans jamais le toucher
comme un vampire
impur ?
Le penses-tu vraiment
qu'on peut vivre sans tendresse
par les pores échangée
le crois-tu sûrement
qu'au lieu de son adresse
il suffit d'un médicament ?
Qu'à la chaleur humaine
qui demeure pourtant
quand je respire à peine
et même en mourant
je préfère les machines
qui me préservent des angines
seule dans ce havre
désinfecté
et gardent mon cadavre
vivant ?
Oui crois-tu que la vie
cela soit ça vraiment ?
Et penses-tu qu'ainsi
j'y tienne tellement ?
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